Logique personnelle
Face à des événements aussi absurdes, rire était la seule réaction possible. Sa situation présente n’avait rien d’hilarant, mais c’est l’ensemble des misères qui lui arrivaient depuis quelques heures qui le faisait rire, non pas d’amusement, mais de nervosité. Il s’était retrouvé brutalement dans un endroit sombre et froid, humide aussi. Le temps que ses yeux s’habituent à l’obscurité ambiante, il avait pu distinguer un silence sans faille. Ses yeux habitués, il avait pu distinguer, un espace sans failles, sans aucune aspérité, aucun relief. Tout ce qu’on pouvait y voir était l’horizon noir, séparant une terre noire d’un ciel noir,aussi, c’était absurde, les deux étaient de la même couleur, mais pourtant séparés. Il supposa qu’il était mort, non pas qu’il soit très perspicace, ou qu’un panneau l’indique, mais quel autre endroit pourrait être à ce point plein d’obscurité, sans être destiné au vide de la mort. Au moment précis où il s’était fait ces réflexions un panneau au fond noir apparut, sur lequel était écrit en lettres noires :
“Vous êtes mort”
Une information simple et objective ne fait jamais de mal. Maintenant libéré de tout doute, il put poursuivre son chemin vers un autre endroit. Inopinément, sa jambe droite disparut, cela eut pour conséquence directe de faire disparaître sa jambe gauche. Il progressait maintenant sur ses bras, et donc plus lentement, vers son absence de but. Après de longues minutes de marche, il prit conscience qu’il était arrivé à son absence de but. Mais il n’avait pas gagné en perspicacité ce qu’il avait perdu en jambe, il ne l’avait pas deviné tout seul :
“Ici, votre absence de but”
Ces mots étaient venus s’inscrire sur les jambes, qu’il n’avait plus. Comprenant la logique de ce monde, il exigea : “Je suis actuellement en train de voir le responsable des lieux”.
Une voix lui répondit : “Je suis le responsable des lieux”.
Content de l’avoir vu, il continua sa route vers un but bien plus intéressant. Il voulait savoir comment il était mort. Le responsable des lieux lui précisa que c’était justement la seule façon de sortir de ses lieux. Le mort regarda donc à gauche, fit un quart de tour, pour regarder à droite, et baissa la tête pour regarder le ciel qui venait de s’inverser avec le sol. Fatigué, il décida de reprendre ses recherches le lendemain. Il s’étendit donc tranquillement sur le ciel, contemplant ces magnifiques cieux qu’étaient le sol.
Malheureusement, le temps défilait à l’envers dans le monde des morts, et il avait donc perdu son absence de but. Sans repères, perdu au milieu d’une étendue bleue, il repensa aux rêves qui avaient hanté sa nuit. Il se souvenait avoir vu un champ de blé, qui s’étendait sur une voiture, une rue le coupait en deux.
Subitement, il se retrouva à l’intérieur d’un épis de blé, spacieux et jaune.
Une fois sorti de l'épi, il se mit en quête d’explorer le ciel, et ses différents astres qui n’étaient logiquement plus que des taches étalées sur le sol bleu. Après qu’il a visité toutes les tâches, il put enfin reprendre son but, et chercher les causes de sa présence en ces lieux.
Il chercha méthodiquement, demandant tout d’abord à la terre de reprendre sa place habituelle. Pendant ses recherches, qui durèrent une éternité, il passa par de nombreux et magnifiques paysages. Il s’était baigné dans un lac sans eau, avait vu mille fois les rayons noirs du soleil, sans jamais comprendre pourquoi ce dernier était absent du ciel. La plus merveilleuse chose qu’il a vu fut les êtres vivants du monde des morts, et leur littérature :
“Extrait du roman Logique personnelle d’un auteur dont on connaît le nom :
L'ésotérisme est pondéré par sa superficialité, les ésotériques hérétiques ne peuvent pas divisater tranquillement sans avoir des suspensions potentielles. Si seulement on microminisait les aléas divers, on obtiendrait un système relatif assurément profond, une profondeur qui ne saurait être acquise sans l'utilisation totalement titanesque des fresques géologiques fracturées par leur densité cognitive, cette circonstance étant définie par sa finalité providentiellement et superlativement contrastée, cependant l'exotisme de ces frasques ne sustente certainement pas le vide précautionneux de l'un, alors qu'il comble l'autre, créant un certain déséquilibre périphérique, la périphérie étant la taille d'une tétraèdre sublimée par la longueur d'un "a" constant et supérieur à la moyenne des "b", si les "b" étaient plus que déterminés à un rejet précoce, le coefficient directeur trigonométriquement parfait ne saurait métadonner l'hybris, c'est pourquoi la constante de type "char" perdurera dans une hypoglycémie auto-immune. Le code source de l'inter-cours péritoine transgressera le péristyle du sinus droit supérieur surjectivement. Les premières suspensions potentielles que je vous exposais dans l'incipit, ne sauraient être plus que des euphémismes patentés, même si la narcisse est sous sédatifs oncologiques, la conclusion, elle aussi, ne saurait en être une véritable.
Or, les polynômes potentiels pour une telle déclaration substantive ne sont absolument pas nécessaires à l'utilisation concrète mais subdivisonnellement difractée de la futurité passive. Mais, si seulement, on parvenait à unir séparément les deux ensembles strictement lacunaires des oxydes peroxydés et des monogènes hétéroclites aux tupsylules enphasé partiellement dans une dimension concrètement abstraite, premièrement par sa définition monacale et préventionnelle et de façon seconde par sa substance transgressive aux lois mathématiques de l'ergonomie, aérodynamiquement parlant, alors, on pourrait éventuellement disgracié le panurgisme au rang d'une doctrine exemptée de tous droits de bans, transfusés sur une justice trop malléable.
Transliter le tipon ne trocute jamais l’extéclair.”
Il vécut parmi eux pendant de nombreuses années, apprit leurs coutumes. Bientôt, il s’habitua à cette nouvelle vie, où la logique était absente, et même contradictoire, et où les choses réelles n’existaient pas plus que la fiction sur notre monde. Il apprit également à contempler ce monde. Il apprit à contempler les grandes plaines et leur noir coloré, à distinguer ses montagnes plates de ses gouffres lumineux et à comprendre sa poésie, la seule sensée :
“Là, tu te retrouves, là, où tu n’étais pas,
Ton but s’est inversé, également tes pas.
Montagnes et abysses, se sont confondus,
Et toi, au même titre, toi, tu restes confus.
Le ciel devient terre, la terre devient ciel,
Le sens du monde change, et tes pas eux aussi
Maintenant c’est ainsi, tu retrouves un sens,
A ce qui n’en a pas, devant les éternels,
Si pour toi, il vient de naître, il est anéanti,
Pour tous les autres êtres, d’après ce qu’ils en pensent.
extrait de Logique personnelle, de l’Auteur au nom connu”
Si cette vie était plaisante, elle ne pouvait durer, c’était comme ça. Il se faisait vieux, et chacun sait que la vieillesse entraîne parfois la mort. Résolu à profiter des dernières années de sa mort pour explorer son monde perdu et au passage à retrouver sa vie, il se mit en route. Allant d’abord vers le nord, là où les rayons de la mer de vont jamais très loin, il poursuivit sa route à travers un immense glacier fondu. Il gravit ensuite un immense cratère, dont il ne voyait jamais le fond, toujours embrumé dans des nuages inexistants.
“Les nuages sont constitués de minuscules gouttes d’eau.
Chacun sait que l’eau est transparente et incolore.
Or un nuage est blanc et visible.
Mais l’eau n’est ni blanche, ni visible.
Pourtant, les nuages sont constitués d’eau.
Les nuages n’existent donc pas.
extrait de Logique personnelle”
Ces nuages étaient magnifiques.
Alors qu’il les contemplait, vibrant intensément d’une terreur structurée, il aperçut un bloc de pierre, juxtaposé au sol. Plissant les yeux pour mieux voir, il les plisse trop fort, et les ferme. Il retente son coup, et parvient à déchiffrer les inscriptions gravées dans les nuages.
“Tu penses, toi qui lis ce texte, que le monde que tu vois ou que tu lis est contradictoire, qu’il ne peut exister, mais c’est peut être ta perception à toi qui est faussée.
Tu t’étonnais tout d’abord, que le ciel et la terre soient tous deux noirs, as-tu simplement pensé qu’il pouvait faire nuit ?
Tu t’étonnais ensuite qu’un panneau apparaisse, ne t’es tu jamais dit que tu ne pouvais pas tout voir, et qu’il était peut être déjà là ?
Tu t’étonnais après, qu’il t’indique ce que tu imaginais déjà, n’as tu jamais rêvé ?
Tes jambes auraient disparu, et pourtant tu peux vérifier, elles sont toujours là.
Tu admettras ensuite que chaque lieu a son responsable, et que rien n’est étonnant s’il apparaît quand on l’appelle.
Tu prétends avoir vu le ciel et le sol s’inverser, c’était peut être seulement toi, qui était à l’envers.
Tu aurais lu un texte sans sens, peut être as-tu seulement lu les mots dans le désordre.
Tu apprendras enfin qu’un lac sans eau est un trou, qu’une montagne plate est une plaine, qu’un glacier fondu est un lac et qu’un cratère ne se gravit pas.
Retourne dans ton monde lecteur, car la seule chose étrange que tu as vu aujourd’hui n’est pas un texte écrit dans les nuages, mais un texte écrit sur une feuille.”