19.1.15

La Mission d'heiner Muller , la scène de l'ascenseur - critique de Victor SAGOT 2de 7

                                                        La Mission, Heiner Müller -  

Interprétation de la scène de « l’homme dans l’ascenseur » par Victor SAGOT , élève de 2nde7     

« C’était vraiment trop long », « Mais pourquoi en plein milieu de la pièce ? », « J’en avais mal aux

oreilles », « Quel rapport avec le reste de la pièce ? ».

Lorsque vous sortirez du Théâtre de la Colline, après avoir assisté à une représentation de   La

Mission de Heiner Müller, mise en scène par Michael Thalheimer, vous entendrez probablement ce

genre de phrases.

En effet, pourquoi ? Mais pourquoi nous torturer pendant une bonne dizaine de minutes à écouter

cet illuminé venu de nulle part qui nous baragouine des mots en un allemand si agressif, à un

moment où l’on était en train de se dire que l’on commençait enfin à comprendre la pièce, se

rendant donc finalement compte que non ?

Sur la scène du théâtre, une imposante et inquiétante roue remonte lentement, un par un, les

comédiens de l’obscurité à la lumière de la scène, sur un rythme tout aussi lent et inquiétant. Dans

La Mission, l’une de ses pièces les plus célèbres, Heiner Müller s’interroge sur la révolution trahie à

partir des figures de trois émissaires de la Convention, envoyés préparer un soulèvement d’esclaves à

la Jamaïque et broyés par l’histoire car Napoléon a entre-temps pris le pouvoir à Paris et l’abolition

de l’esclavage ainsi que les autres valeurs et principes révolutionnaires ne sont plus à l’ordre du jour.

La mise en scène de Michael Thalheimer tente de nous faire courir après la pièce, plutôt que

d’essayer de la maîtriser en se posant trop de questions rationnelles. La pièce est cependant très

riche et s’ouvre de manière plus large grâce à cette fameuse scène très kafkaïenne de « l’homme

dans l’ascenseur ».

Cette scène résume en quelque sorte la pièce. L’entêtement pour une mission donnée alors que l’on

sait qu’il s’agit désormais d’une cause perdue. Cet homme, un nazi attendant son procès, habillé en

costume cravate et aux cheveux soigneusement laqués, déclame durant de longues minutes en un

allemand très agressif. La scène peut paraître caricaturale mais elle permet en quelque sorte de faire

abstraction du temps et de l’espace et de se concentrer sur une idée, un sentiment brut. Cette scène

dérange, angoisse mais il faut tenter d’en saisir le sens. L’homme fait référence à Hitler lorsqu’il dit

« le chef » et parle de son suicide à la fin de son monologue. Le Pérou, terre de refuge des exilés

nazis tentant de se faire oublier, est également cité dans le monologue. L’homme dans l’ascenseur

est piégé par le temps et ne cesse d’ailleurs de regarder sa montre. La scène est dépouillée, il n’y a

plus de musique, la lumière devient blafarde et la voix de l’homme perce toute la salle, résonne et

rend fou.

Dans cette pièce, Müller nous parle de la folie des hommes et du refus de se rendre à l’évidence. La

scène de « l’homme dans l’ascenseur » et un anachronisme qui englobe en réalité la visée de la

pièce : l’impitoyable retour du refoulé de l’Histoire.

Interprétation de la scène de « l’homme dans l’ascenseur »

« C’était vraiment trop long », « Mais pourquoi en plein milieu de la pièce ? », « J’en avais mal aux

oreilles », « Quel rapport avec le reste de la pièce ? ».

Lorsque vous sortirez du Théâtre de la Colline, après avoir assisté à une représentation de   La

Mission de Heiner Müller, mise en scène par Michael Thalheimer, vous entendrez probablement ce

genre de phrases.

En effet, pourquoi ? Mais pourquoi nous torturer pendant une bonne dizaine de minutes à écouter

cet illuminé venu de nulle part qui nous baragouine des mots en un allemand si agressif, à un

moment où l’on était en train de se dire que l’on commençait enfin à comprendre la pièce, se

rendant donc finalement compte que non ?

Sur la scène du théâtre, une imposante et inquiétante roue remonte lentement, un par un, les

comédiens de l’obscurité à la lumière de la scène, sur un rythme tout aussi lent et inquiétant. Dans

La Mission, l’une de ses pièces les plus célèbres, Heiner Müller s’interroge sur la révolution trahie à

partir des figures de trois émissaires de la Convention, envoyés préparer un soulèvement d’esclaves à

la Jamaïque et broyés par l’histoire car Napoléon a entre-temps pris le pouvoir à Paris et l’abolition

de l’esclavage ainsi que les autres valeurs et principes révolutionnaires ne sont plus à l’ordre du jour.

La mise en scène de Michael Thalheimer tente de nous faire courir après la pièce, plutôt que

d’essayer de la maîtriser en se posant trop de questions rationnelles. La pièce est cependant très

riche et s’ouvre de manière plus large grâce à cette fameuse scène très kafkaïenne de « l’homme

dans l’ascenseur ».

Cette scène résume en quelque sorte la pièce. L’entêtement pour une mission donnée alors que l’on

sait qu’il s’agit désormais d’une cause perdue. Cet homme, un nazi attendant son procès, habillé en

costume cravate et aux cheveux soigneusement laqués, déclame durant de longues minutes en un

allemand très agressif. La scène peut paraître caricaturale mais elle permet en quelque sorte de faire

abstraction du temps et de l’espace et de se concentrer sur une idée, un sentiment brut. Cette scène

dérange, angoisse mais il faut tenter d’en saisir le sens. L’homme fait référence à Hitler lorsqu’il dit

« le chef » et parle de son suicide à la fin de son monologue. Le Pérou, terre de refuge des exilés

nazis tentant de se faire oublier, est également cité dans le monologue. L’homme dans l’ascenseur

est piégé par le temps et ne cesse d’ailleurs de regarder sa montre. La scène est dépouillée, il n’y a

plus de musique, la lumière devient blafarde et la voix de l’homme perce toute la salle, résonne et

rend fou.

Dans cette pièce, Müller nous parle de la folie des hommes et du refus de se rendre à l’évidence. La

scène de « l’homme dans l’ascenseur » et un anachronisme qui englobe en réalité la visée de la

pièce : l’impitoyable retour du refoulé de l’Histoire.

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