18.9.11

Rencontre avec Héloïse d'Ormesson

C'est avec beaucoup de retard que je communique le compte rendu de la rencontre entre Héloïse d'Ormesson et la seconde 6. Ce texte m'a pourtant été remis par Mme Leloup leur professeur, au mois de juin. Je suis sans excuses !

 
Rencontre de la classe de 2nde 6 du lycée Henri IV avec Héloïse d’Ormesson

Le vendredi 10 juin 2011, Héloïse d’Ormesson a bien voulu nous faire l’honneur et la joie de venir discuter avec nous du métier d’éditeur. Nous avons tous été conquis par sa gentillesse, sa générosité et sa grande sincérité. Elle a désiré nous communiquer sa passion des livres ; elle a ainsi donné envie à certains adolescents écrivains d’être édités. Une élève, à la fin de l’entretien, lui a même remis avec émotion son manuscrit.
Héloïse d’Ormesson a commencé par présenter son propre parcours en montrant que le choix de son métier fut pour elle une vocation précoce. Fille de l’écrivain, Jean d’Ormesson, elle est en quelque sorte née dans les livres. La maison où elle habitait était tapissée de livres et, dès l’âge de deux à trois ans, elle aimait transgresser les interdits en allant gambader dans le bureau de son père où, sans même savoir lire, elle jouait avec l’objet-livre en se disant : -« Plus tard, je fabriquerai des livres ! ». Lorsqu’elle a commencé à savoir lire, elle fut happée par la lecture de « Croc Blanc » de Jack London et plus tard par les œuvres de Théophile Gautier comme par les romans de Balzac. Elle lisait aussi des auteurs étrangers dans leur langue d’origine car la traduction la gênait. Elle appréciait particulièrement Kipling. À son adolescence, le métier d’éditeur s’est présenté à elle avec encore plus de force. Travailler avec des écrivains est une manière de sublimer l’amour qu’elle voue à son père. Comme en France, aucune formation, dans les années 1990, n’était proposée pour le métier d’éditeur, Héloïse d’Ormesson décida de s’inscrire en hypokhâgne, puis en khâgne, et en licence de lettres. Maintenant les étudiants peuvent s’inscrire à l’Université de Villetaneuse ou à celle de Saint-Cloud où on leur propose des masters en édition mais rien ne remplace les expériences concrètes pour connaître le métier d’éditeur.
Pour éviter qu’on lui fasse le reproche de demander de l’aide à son père afin d’entrer dans une maison d’édition française, Héloïse est partie étudier aux États-Unis la littérature comparée. Après la fin de ses études, elle a pu être embauchée dans une très grande maison d’édition américaine, puis une autre plus petite, spécialisée en littérature européenne. C’est en multipliant ainsi les expériences qu’elle a véritablement appris son métier, notamment le marketing, le contrôle de gestion, des matières qui, en France, à cette époque, n’étaient pas à l’honneur. Ce séjour aux États-Unis lui fut donc très précieux. Dès son retour en France, elle travailla trois ans pour la prestigieuse collection Bouquins où elle s’occupa des préfaces et de tout l’appareil critique. Toutefois, elle avait besoin de davantage communiquer ; elle choisit alors de travailler pour l’édition étrangère de la maison Flammarion. Antoine Gallimard lui proposa ensuite la place d’éditrice littéraire chez Denoël où elle resta dix ans. Après quoi, elle décida de fonder sa propre maison d’édition. Tout au début de la création de cette maison d’édition, deux personnes travaillaient seulement avec elle ; maintenant sept personnes sont occupées à plein temps. Vingt-cinq livres sont publiés par an ; ils sont ensuite réédités et traduits, pour certains, dans de nombreuses langues.
Le métier d’éditeur revêt différentes palettes, bien sûr, on pense immédiatement aux relations avec les écrivains ; il faut aussi communiquer avec la presse, présenter des maquettes, des premières de couvertures alléchantes et également vendre des livres à l’étranger. Aux éditions Héloïse d’Ormesson, par exemple, le livre de Tatiana de Rosnay « Elle s’appelait Sarah » est traduit dans quarante langues ; il est vendu dans le monde à plusieurs millions d’exemplaires. Cette écrivaine rapporte beaucoup d’argent à sa maison d’édition. Lorsqu’on a la chance d’être publié, on reçoit un à-valoir qui correspond à 8-10 pour cent du prix du livre ; on ne touche pas la même somme, si l’’on n’est pas connu.
Héloïse reconnaît que ce n’est pas le métier d’écrivain qui puisse véritablement faire vivre. Cela ne doit pas pour autant entamer l’envie d’écrire et d’être publié. Avant de remettre un manuscrit à une maison d’édition, mieux vaut consulter le catalogue pour observer quels types de livres sont présents, ne pas hésiter non plus à demander conseil aux libraires qui connaissent des maisons d’édition. Une jeune fille d’une classe de Première du Lycée Henri IV lui tend alors son manuscrit ; la rencontre se termine sur un moment de très grande émotion. Tous, une nouvelle fois, nous tenions à remercier chaleureusement Héloïse d’Ormesson pour les moments forts qu’elle a fait vivre à des adolescents, qu’ils veuillent devenir écrivains ou éditeurs.



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